La science explique pourquoi les introvertis ont du mal à l’oral

La science explique pourquoi les introvertis ont du mal à l’oral

Un témoignage de Jenn Granneman

Je suis concentrée, j’écris un article. Puis une collègue m’interrompt pour me poser une question. Son regard et son intonation indiquent qu’elle a besoin d’une réponse maintenant. Sa demande est simple, pourtant mon esprit est comme paralysé.

Je commence une première phrase, sans la terminer. J’hésite. Je finis par trouver des mots mais ils ne correspondent pas exactement à ce que je veux expliquer. Je m’arrête pour en trouver d’autres.

Ma collègue — une extravertie qui a toujours semblé s’exprimer sans effort — me regarde en mode « Aller, crache le morceau ». Je réfléchis, mais mon cerveau refuse de coopérer.

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Pourquoi les introvertis ont parfois du mal à trouver leurs mots ?

Quand ils s’expriment, les introvertis peuvent bloquer sur certains mots, parce qu’ils ne trouvent pas LE terme qui transmet parfaitement leur vision.

Cela donne l’impression que l’on ne sait pas de quoi l’on parle, même si on maitrise parfaitement notre sujet. En situation sociale, on peut avoir du mal à tenir la conversation face à des extravertis qui s’expriment sans effort.

Dans son livre « L’avantage des introvertis : comment réussir dans un monde d’extravertis », le Docteur Marti Olsen Laney explique : 

Notre cerveau utilise différentes zones pour parler et écrire, et quand on s’exprime à l’oral, les informations doivent être transférées entre les différentes régions. Une des raisons pour laquelle les introvertis ont un discours parfois moins spontané est que nous traitons l’information en profondeur, en détail. Cela implique que l’information se déplace plus lentement entre les zones de notre cerveau. »

Une autre raison est le fait que les introvertis s’appuient plus sur leur mémoire de long-terme que sur leur mémoire « vive » immédiate. Comme son nom l’indique, la mémoire de long-terme renferme des informations qui sont stockées pour une longue période – en théorie, l’information est gardée pour toujours. La plupart de ces informations sont accessibles assez facilement, tandis que d’autres sont plus difficiles à faire remonter à la surface. Elles sont précieusement gardées dans notre inconscient, mais on a parfois du mal à s’en souvenir.

La « mémoire vive » (qui prend parfois le nom « mémoire de court-terme » ou « mémoire active »), a par opposition une capacité de stockage limitée et retient les informations pendant une poignée de seconde. On peut faire le parallèle avec un ordinateur, où le disque dur est la mémoire de long-terme (grande capacité de stockage, temps de stockage illimité, fonctionnement lent) et la RAM est la mémoire de court-terme (capacité de stockage limité, stockage éphémère, fonctionnement très rapide).

Plonger dans la mémoire de long-terme pour y piocher le bon mot, la bonne information, peut demander du temps.

Cela implique de se rappeler de quelque chose qui n’est pas immédiatement dans notre champs de conscience. Donc cela peut nous ralentir à l’oral. Je parie que vous êtes déjà fait cette réflexion : « Dans mon esprit, ça avait l’air beaucoup plus clair que quand je l’ai dit ! »

Si vous êtes anxieux — comme moi quand m’a collègue extravertie m’a interrompue dans mon travail — vous avez un réflex-défense de blocage, et cela devient encore plus difficile de plonger dans la mémoire de long-terme pour y trouver les bons mots.

Pourquoi a-t-on de très bonnes capacités d’écriture ?

« Les introvertis ont souvent l’impression de mieux s’exprimer à l’écrit qu’à l’oral » souligne Susan Cain sans son livre « Le pouvoir des introvertis »

Les introvertis préfèrent les SMS et les e-mails aux coups de téléphone. Beaucoup d’entre-nous écrivent des articles, des poèmes, inventent des histoires. Certains d’entre-nous font même des carrières d’écrivain.

Cette préférence pour l’écriture s’explique par la manière dont nous utilisons notre cerveau : « Pour écrire ou lire un mot, nous utilisons une zone différente de notre cerveau que pour dire ou écouter un mot – et la zone pour l’écriture et la lecture semble être très développée chez la majorité des introvertis », indique le docteur Laney

Que faire quand votre esprit « bloque » ?

Le fonctionnement de la mémoire est très complexe. Il fait interagir différentes parties du cerveau entre elles. Nous stockons les souvenirs dans différentes zones et nous créons des liens, des associations entre ces zones.

Pour retrouver un mot dans la mémoire de long-terme, nous avons parfois besoin de trouver un premier mot qui va nous amener au mot recherché. Nous avançons d’association en association pour finir par trouver le mot parfait. Les souvenirs fonctionnent en cascade : « Si on se rappelle d’un détail, toute la mémoire peut soudain réapparaitre » écrit Laney.

Quand vous recherchez sans succès un mot ou une information, même quelque chose de basique comme ce que vous avez fait ce week-end – cette question ressort souvent au bureau – essayez ces techniques :

Pensez à bien inspirer et expirer – cela parait évident mais on oublie souvent de le faire et on se retrouve en apnée.

Ne vous précipitez pas face à l’autre. Acceptez et appréciez le silence avant de parler. On a toujours peur du blanc, même si il ne dure que quelques secondes. Pourtant, il permet de se poser et de capter l’attention de l’interlocuteur. Un silence bien utilisé agit comme un « teaser ».

Offrez-vous du temps supplémentaire avec des phrases du type « Mmh alors, voyons voir ..». Vous pouvez aussi montrer que vous réfléchissez par la communication non-verbale, en fronçant les sourcils par exemple

Faites confiance à votre esprit. C’est en essayant de contrôler les pensées que l’on se bloque. Lorsque l’on veut dire quelque chose mais que l’on a oublié quoi, on a beau chercher, on ne trouve pas. Bizarrement, lorsque l’on arrête de chercher, ce que l’on voulait dire revient comme par magie. En fait, c’est assez logique : lorsque vous laissez votre esprit libre, il n’est plus oppressé, plus obligé de retrouver une pensée, et il peut alors prendre du recul, penser à d’autres choses qui vont finalement le ramener vers cette fameuse première pensée.

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Si, malgré ces conseils vous restez bloqué, rassurez vous : parfois votre esprit a besoin d’une pause pour chercher et trouver le bon mot, la bonne information. C’est un processus normal et commun. C’est aussi ce qui vous permet de délivrer des informations de qualité. Comme l’a dit Stephen Hawking : “Quiet people have the loudest minds.” Une personne calme, réservée n’est en général ni déprimée, ni hautaine, ni socialement inadaptée. Simplement, un monde vie entre ses deux oreilles. Pensez à Alice au pays des Merveilles.

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