Je pensais devoir être un extraverti pour réussir, mais maintenant je sais qui je suis vraiment.

Je pensais devoir être un extraverti pour réussir, mais maintenant je sais qui je suis vraiment.

Un témoignage d’Ethan Dunwill

Il est des moments où il faut choisir entre vivre sa propre vie pleinement, entièrement, complètement, ou traîner l’existence dégradante, creuse et fausse que le monde, dans son hypocrisie, nous impose. Oscar Wilde

Lorsque j’étais jeune, personne ne m’a dit que j’avais le droit d’être introverti. Le bestseller de Susan Cain « Le pouvoir des Introvertis» n’avait pas encore été publié. Donc, jusqu’à la vingtaine, je n’étais pas conscient qu’il était normal et acceptable d’être introverti. Je pensais que seuls les extravertis réussissaient.

Et comme je voulais réussir, j’ai fait semblant de l’être.

À l’université, on ne peut pas dire que j’étais quelqu’un d’agréable. Je pense que l’on ne l’est jamais vraiment lorsque l’on essaie de vivre la vie d’un autre. J’étais envahissant, agité, agressif. J’allais toujours trop loin — les gens font souvent ça lorsqu’ils essaient de se faire remarquer avec un rôle qui n’est pas le leur.

Je parlais quand il fallait écouter. Je prenais toute la place quand il fallait justement en faire. Les gens ne m’aimaient pas vraiment. Ils m’appelaient la “grande gueule” parce que j’avais des opinions et un caractère fort.

La plupart des gens m’évitaient — sûrement parce que je n’écoutais pas grand monde parler, à part moi-même.

Attention, je n’étais pas un tyran. J’étais plus le bouffon du roi, si vous voulez une image. Et si vous n’aimiez pas le spectacle, je vous invitais gentiment à aller voir ailleurs. C’est ce que beaucoup de gens ont fait.

Malgré tout, quelques personnes aimaient passer du temps avec moi. Mes opinions tranchées et mes discours bruyants ont attiré les marginaux. Je protégeais leurs opinions, sans me préoccuper de ce que les autres pensaient. Voilà qui j’étais devenu : un introverti prétendant être extraverti, un leader lourd et désagréable d’un groupe de marginaux.

Jouer le rôle d’un autre a fini par me nuire

Bien-sûr, vouloir vivre la vie d’un autre est difficile. Cela gaspille beaucoup d’énergie — surtout si vous êtes un introverti qui a besoin de temps seul pour recharger ses batteries. J’ai rarement pu le faire car je pensais devoir passer la plupart de mon temps en situation sociale.

L’alcool et la drogue étaient devenu mon refuge. Je séchais les cours, je ne travaillais plus. En vérité, je ne sais même pas comment j’ai fait pour valider mon diplôme. Je vivais sur le campus, et la plupart du temps, je voyais les autres étudiants travailler, alors que mes amis marginaux et moi restions assis dans l’herbe, en robe de chambre, une tasse de thé dans une main, un lecteur mp3 dans l’autre.

Je pense que l’alcool et la musique me protégeaient du monde bruyant et dissonant qui m’entourait. C’était comme une béquille, une bouée de sauvetage, une protection entre ce monde épuisant et moi.

Bien sûr, l’alcool ne règle pas les problèmes en profondeur. Socialement, j’étais toujours très maladroit.

Lorsque quelqu’un m’interpellait — et que je n’y étais pas préparé — je me sentais oppressé. Alors souvent, je cachais mon malaise en étant agressif. Comme j’étais déjà en train de me battre avec mes propres ressentis, je n’avais pas la lucidité pour rester calme face aux autres.

Puis j’ai fini par craquer

Je ne peux pas exactement expliquer ce qui s’est passé. Je suis tombé amoureux de la mauvaise fille (la copine de mon meilleur ami). J’ai enchainé les soirées. J’ai insulté les mauvaises personnes. Et à force, je suis passé de marginal à paria. Tout le monde a fini par me fuir, par m’abandonner, à part une poignée d’amis.

Moi qui était le centre de l’attention, j’étais devenu l’ombre qui frôlait les murs.

Ces quelques mois m’ont profondément blessés. En fait, « blessé » est un terme trop doux. Mon coeur était brisé. J’avais perdu mon identité. Je ne trouvais plus de sens à ma vie. J’étais perdu, au milieu de nul part. Je ne comprenais plus ce qui se passait autour de moi. (Happily n’existait pas à l’époque !)

Bizarrement, c’est à cette époque que j’ai commencé à trouver au fond de moi quelque chose que je n’avais jamais ressenti auparavant : la paix. Les amis restés autour de moi étaient de vrais amis. Nous nous entendions vraiment bien, nous partagions des choses.

Je n’ai pas trouvé la paix en un jour. Je pense que j’ai mis un an au total pour me relever de cette période. Parce que j’ai du apprendre à retirer toutes les couches de la fausse personnalité que j’avais créé, pour découvrir qui j’étais vraiment. Et au bout d’un moment, j’y suis parvenu.

Petit à petit, j’ai réalisé que je pouvais vivre différemment, d’une manière beaucoup plus enrichissante que je l’avais fait jusqu’ici. J’ai commencé à me faire de nouveaux amis — ceux qui vous écoutent vraiment, pas ceux qui sont juste là pour parler d’eux.

Reconstruire ma vie

En vérité, je n’aurais pas vraiment pu me reconstruire sans l’aide d’une fille. L’ironie du sort a voulu que ce soit la même fille qui m’avait fait m’écrouler. Quand on a commencé à sortir ensemble, tous le monde m’a accusé de voler la copine de mon meilleur ami. Ils avaient raison. J’en assume la responsabilité. Je l’ai volé, et elle s’est laissée voler.

Cette histoire m’a fait exploser. Mais, au final, c’est grâce à cette fille que je me suis reconstruit. On s’est aidé l’un est l’autre à trouver l’équilibre, et c’est vraiment la plus belle chose que l’on puisse offrir à quelqu’un. On s’est soutenu dans l’adversité et la douleur. On a traversé ces épreuves à deux. Ensemble, nous avons découvert qui nous étions vraiment.

Il se trouve qu’elle aussi était introvertie, et jouait l’extravertie. Comme moi, elle croyait dur comme fer que c’était le meilleur comportement à adopter.

Trouver la lumière dans l’obscurité

J’écris l’amour dans les ténèbres comme Delatour peint la lumière.Disiz

La lumière a fini par jaillir de l’obscurité — pas simplement pour moi, mais aussi pour elle. C’est la beauté de l’histoire : les parties les plus dures de votre histoire sont aussi celles où vous apprenez le plus. C’est là que tu réalises si tu es un mouton ou quelqu’un avec du caractère.

Si j’en avais l’opportunité, est-ce-que je ferais les choses différemment ?

Bien sûr, j’aurais aimé réaliser plus tôt que j’étais un introverti. Pas tant pour moi, mais pour tous ceux à qui j’ai manqué de respect.

Je revois encore la gêne et l’incompréhension sur les visages des gens à qui j’ai mal parlé. Bien sûr, ça ne leur a pas laissé une trace indélébile. Mais je m’en veux quand même. J’ai été une vibration négative dans leur journée, j’ai laissé une mauvaise image.

Ça, je le ferai différemment.

J’aurais aussi aimé ne pas faire de mal à cet ami à qui j’ai volé la copine. Je l’ai clairement blessé et je m’en sens encore coupable. J’espère qu’un jour, il me le pardonnera.

Mais je reste conscient que ce sont toutes ces étapes qui m’ont permis de devenir qui je suis aujourd’hui. Ces crises, ces moments de doute m’ont permis de me construire. Bien sûr, je suis encore fragile — nous le sommes tous. La douleur est inévitable. Mais lorsque vous acceptez de lui faire face, alors vous devenez meilleur.