Comment j’ai arrêté de faire semblant, et enfin accepté mon introversion

Comment j’ai arrêté de faire semblant, et enfin accepté mon introversion

Un témoignage de Jerry Liu

Quand j’étais au lycée, je me rappelle que je jouais déjà le rôle d’un autre. Seul, je me sentais bien, heureux, serein. Et lorsque quelqu’un venait me parler dans un moment de rêverie, je me sentais agressé et je perdais de l’énergie. J’avais une montée d’adrénaline, des battements de coeur plus rapides. Je pensais que j’avais un problème, donc tous les jours, en cours, je me forçais à prendre la parole. Je voulais ressembler à ceux capables de tisser des amitiés partout où ils allaient, ceux qui n’étaient jamais seuls. Je voulais aussi faire parti de ces «fortes têtes » capables d’interrompre le prof pour donner leur vision des choses. En dernière année au lycée, j’étais vraiment devenu comme ça. J’arrivais à faire croire aux autres que j’étais extraverti.

Faire semblant a un coût

Bien sûr, cette mascarade avait un impact sur mon bien-être, mais j’ai mis des années à en prendre conscience. J’ai continué à faire semblant à l’université. Je me forçais à m’asseoir avec des étudiants au hasard, et à socialiser pendant les repas. Matin, midi et soir, j’étais entouré. Je suis devenu beaucoup plus agile socialement, tous mes amis pensaient que j’étais extraverti. Mais ce comportement contre-nature me prenait tellement d’énergie que je m’écroulais sur mon lit tous les soirs. J’étais littéralement vidé de mon énergie.

Lorsque j’ai démarré ma carrière, en sortant de l’université, j’ai d’abord effectué un stage sur une chaine télévisée. Mes collègues me trouvaient extraverti, très sociable. Mais je cachais mon vrai tempérament — au prix d’une débauche d’énergie constante. Chaque soir, je lisais dans ma chambre pendant des heures, ou alors je montais les vidéos que j’avais filmé le week-end.

C’était les meilleures heures de ma journée. Je m’endormais d’un coup, au milieu de ces activités. J’étais tellement épuisé que je dormais sans problème entre la chambre d’un ami qui jouais aux jeux vidéo avec le son à fond sur les enceintes, et celle d’un autre ami qui se souciait peu du volume sonore de ses ébats sexuels.

Pendant toutes ces années, je me suis forcé à être extraverti aux dépends de ma santé. À vingt ans, je perdais déjà mes cheveux. Pourtant aucun membre de ma famille n’avait eu ce problème auparavant. Mais malgré tout, j’ai continué à vouloir jouer les extravertis. J’ai même consulté un coach en séduction pour apprendre à mieux parler aux femmes.

Mais cela ne pouvait durer éternellement — et ça n’a pas été le cas. Un simple coup de téléphone a initié le changement.

Une discussion « amicale »

La chaine où je travaillais tenait absolument à avoir une présence forte sur Facebook. Je travaillais de 6h30 à 15h, et la première chose que je devais faire en arrivant le matin était de rassembler les news intéressantes à poster sur Facebook. Donc chaque matin, je devais écrire des piges à publier sur Facebook.

Malheureusement, un autre collègue commençait à 7 heures du matin. Et alors que j’essayais de me concentrer pour écrire les piges, lui avait décidé de commencer sa journée autrement : en m’appelant.

« Salut Jerry ça va ? » me disait-il sur un ton enjoué. Il me parlait de banalités et me demandait ensuite quelles news on pouvait poster sur Facebook. Il m’appelait tous les matins — même si j’étais très occupé.

J’ai essayé de lui faire comprendre qu’un simple e-mail aurait été préférable. Je ne comprenais pas pourquoi il s’obstinait à appeler et parler pour ne rien dire, alors qu’un mail aurait fait le job. Mais lui voyait les choses différemment. Il trouvait que c’était plus simple d’appeler et de discuter avec la personne. Il voulait m’entendre de vive voix. J’ai essayé de lui faire comprendre gentiment. En lui disant « Tu peux m’appeler plus tard dans la journée ? ». J’ai même essayé de prendre les devants, en lui envoyant par mail les infos avant qu’il ne me les demande — mais il a continué à m’appeler.

Donc tous les jours, à 7 heures précise, il m’appelait et j’en étais frustré. Ça perturbait ma productivité. Je n’arrivais pas à comprendre comment il ne pouvait pas réaliser qu’il me dérangeait. Peut-être que j’exagère, mais j’avais l’impression qu’il prenait un plaisir sadique à me déranger tous les matins.

Dire stop

Ça m’a pris du temps, mais j’ai fini par me rendre compte que mon tempérament n’était pas adapté à la télévision et au journalisme en général. Les interruptions constantes m’empêchaient de me concentrer et d’être efficace. J’avais besoin d’un travail où je pouvais me concentrer pendant des heures, sans être dérangé. Donc j’ai décidé de démissionner.

Lors de la dernière semaine, je me suis enfin décidé à agir à propos du coup de téléphone insupportable de mon collègue le matin. Il m’a appelé un jour où j’étais vraiment occupé. Alors j’ai parlé de ce problème à la manager et elle l’a immédiatement appelé pour lui dire d’arrêter ses interruptions. Un peu plus tard, il est venu dans mon bureau et a dit de manière ironique « bouuuh, j’ai peur de toi ». Incroyable à quel point il était lourd.

J’ai quitté ce job, mais je n’ai jamais oublié son comportement. D’habitude, il était très sympa, et il m’a aidé à plusieurs reprises. Comment un mec d’habitude sympa pouvait-il être aussi désagréable dans cette situation ?

Découvrir mon introversion

Je n’ai pas cherché la réponse longtemps. Un jour, alors que j’étais dans une librairie, j’ai découvert le livre «Calme : le pouvoir des introvertis dans un monde qui ne s’arrête pas de parler» de Susan Cain. À force d’essayer, pendant des années, d’être extraverti, j’en avais oublié qui j’étais vraiment au fond. Ce collègue de travail un peu lourd était un exemple parfait de l’extraverti. Simplement, on ne se comprenait pas, j’avais beau lui expliquer, ça revenait à parler à un sourd. Nos représentations du monde étaient différentes.

Après avoir découvert « Le pouvoir des introvertis », j’ai commencé à mieux accepter mon introversion. J’ai appris à prendre des pauses lors des soirées, à rester seul quand j’en avais besoin, et surtout, j’ai arrêté d’essayer d’absolument passer pour un extraverti. Je ne me sentais plus coupable de parfois manger seul, ou d’éviter les boites de nuit. La solitude, ça a parfois du bon. C’est comme ça que les introvertis rechargent leurs batteries. Et j’avais besoin de récupérer l’énergie perdue pendant les années passées à faire semblant.

Plus tard j’ai fait un test de personnalité MBTI, et j’ai découvert que j’étais INFP. La description me correspondait parfaitement. J’aurais aimé prendre conscience de ça bien plus tôt. Je me sens beaucoup mieux dans ma peau maintenant.

J’aimerais que le monde accorde plus d’importance aux différents types de personnalité. Mon collègue aux coups de fils intempestifs et moi, nous nous serions compris plus tôt. Et dans bien des situations, on pourrait comprendre les réactions de certaines personnes, au lieu de présumer qu’elles sont « bizarres ».

Maintenant que je sais qui je suis, le bonheur me parait plus accessible. Si je ne devais vous transmettre qu’une seule pensée, se serait : avant d’essayer de changer qui vous êtes, essayez d’abord de comprendre qui vous êtes.

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